L’Arbre et la plaine

Rencontre avec Jacques Le Brusq

Regard sur l’œuvre d’un artiste – Revue ArtKopel

Au sommet de la montagne de Fulu, au cœur de la taïga suédoise, s’érige un épicéa vieux de plusieurs millénaires, grand sage portant la mémoire de tant de vies et de tant de choses. Depuis 7158 avant JC, il observe silencieusement le monde.

Il y a plus de neuf cent ans, une étoile d’une beauté exceptionnelle apparut dans le ciel ; cette apparition fut observée à l’époque. Aujourd’hui nous savons qu’il s’agissait de la supernova de la Nébuleuse du Crabe.
De telles apparitions sont rares : trois seulement dans notre Galaxie au cours des mille dernières années. Quand aura lieu la suivante ? Personne ne peut répondre à cette question.
(...) C’est alors qu’interviennent les arbres qui peuvent relater tous ces phénomènes par l’examen des cernes.*

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*Nouvelles de la science, variétés, informations in L’Astronomie, 1969, Vol. 83, p. 272 (SAO/NASA Astrophysics Data System).

Aucune étoile de la galaxie ne meurt sans que l’arbre n’en rende compte... Il absorbe, nourrit, soigne, abrite, protège, du chaud comme du froid ; dans beaucoup de civilisations, il est la connaissance, la force de vie, il nourrit et élève l’âme. Dans la tradition Shinto par exemple, avant qu’apparaissent les autels, les temples étaient des arbres sacrés ; encore aujourd’hui, les sanctuaires sont toujours entourés d’arbres, appelés Chinju-no-Mori (la Forêt du sanctuaire du village), indiquant que ce n’est pas une forêt ordinaire. Dans la Grèce antique, des plantations sacrées tenaient la place des sanctuaires, bien avant les temples que l’on connaît. Ainsi, dans le temple de l’Érechthéion sur le versant nord de l’Acropole, à côté de la fontaine d’eau salée de Poséidon, se tient l’olivier sacré d’Athéna, symbole de sa victoire, de paix et de prospérité.

L’arbre renaît de façon cyclique, projection idyllique dans notre mental qui ne peut admettre notre fin. « Bien avant que l’année décline, le printemps prochain est présent, mais c’est un secret. » écrit poétiquement Jacques Brosse dans Mythologie des arbres.
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Vivre sous le temps. Être, se sentir être, s’arrêter un instant, suspendre le temps, le pénétrer pleinement. Observer les traces — celles de notre passage, les autres, l’invisible, l’impalpable — écouter le silence, les résurgences, les réminiscences. Vouloir rendre notre passage visible, devoir le rendre invisible...

J’attends la pluie, qui vient tout effacer, laver, nourrir la terre, la vie recommencer, perpétuer. J’aime cette odeur particulièrement délicieuse des sols mouillés, les sous-bois humidifiés par la naissance du jour, le lichen au pied des grands chênes de la forêt, l’herbe et la terre tout juste arrosées, le parfum de la nuit tiède et fraîche à la fois, juste avant l’aurore.
L’arbre — roi mystérieusement enraciné dans le sol, majestueusement dressé vers le ciel — écoutons ses secrets, enveloppons nous dans sa présence caressante, dialoguons en silence pour nous ouvrir à l’intuition et retrouver nos racines. « Chaque arbre est le centre du Monde » nous dit Jacques Le Brusq.
La terre — admirons son étendue infinie, nourricière, immensément vibrante — jouissons de la vie qu’elle nous transmet. Devenue un outil de production, nous ne la regardons plus. […]

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