Éclairages

Exposition photographique à la Gacilly, 2013

Texte rédigé à l’occasion d’une exposition personnelle

La pensée humaine est un heureux petit accident des hasards de ses fécondations, un accident local, passager, imprévu, condamné à disparaître, avec la terre, et à recommencer peut-être ici ou ailleurs, pareil ou différent, avec les nouvelles combinaisons des éternels recommencements*.

J’aime à regarder les petites choses, « les petits riens » sur lesquels nous ne portons jamais notre attention, ce qui est en dehors du sujet. Lorsque je porte mon regard et que je lui substitue l’objectif d’un de mes appareils, il faut que j’en ressorte une interprétation, non une copie conforme ; peu importe le moyen employé : le flou, le bougé, une mauvaise mise au point, maltraitance de la pellicule, objectif embué, sali, déformé, défectueux, cadrage inapproprié, hors norme, contre-jour, et surtout l’accident !

Je veux voir ce qui n’est pas donné à l’évidence, l’anti-carte-postale qui conditionne notre regard et notre appréhension au monde. Je cherche la toute petite étoile presque éteinte à l’opposé de la star brillant de ses mille feux, que l’on connaît déjà par cœur avant de l’avoir vue.

Voir autrement, non pas avec ce que l’on connaît déjà, mais avec tout ce que l’on a à découvrir. Là où normalement il faudrait attendre pour obtenir la condition de photographie parfaite, le moment qui m’intéresse est celui qui permet de changer notre point de vue sur le monde qui nous entoure. Décentrer le regard pour se décentrer soi-même, à l’encontre du regard unique ; cela participe sans doute à un mieux-vivre ensemble, dans la reconnaissance des différences et des multiplicités.

Ce processus volontaire de regarder alors autrement, « pas comme il faut », implique évidemment une part de hasard, et donc de découverte au moment de la révélation de l’image, une part d’accident qui parfois devient le sujet même, sinon un élément essentiel à l’image produite.


La photographie est le saisissement d’une fraction de temps qui contient son lot d’accidents, uniques, forcément différente de toute fraction antérieure ou postérieure ; comme la vie est une succession d’accidents.

Avec l’accident, du latin accidens, dérivé du verbe accidere qui signifie « survenir », ce qui m’intéresse est ce surgissement, ce qui advient et pas seulement ce qui provient, ou ce que l’on peut prévoir. Injustement associé à un événement funeste depuis le XIIe siècle, l’accident n’est pas uniquement l’événement fortuit qui cause un dommage aux êtres ou aux choses, il peut être source d’émerveillement.

Dans l’accident, il y a l’improbable, l’inattendu, mais encore l’éphémère, et ce qui, comme nous, est survenu par hasard et est condamné à disparaître. Reste qu’au travers de l’accident, il n’est sans doute qu’une seule chose que je cherche : l’essence des choses, et peut-être par là même, ma propre essence.

*Guy de Maupassant, Contes et nouvelles, tome 1, L’Inutile beauté, Éditions Havard,1890, p. 1158.

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