En 2021…

Enfant, l’arrivée de l’hiver était toujours magique ; toute la ville parée de son blanc manteau. Les forêts s’enchantaient, leurs branches nues ornées de perles de lumière glacée. J’adorais décoller délicatement la fine couche d’eau gelée de la surface des feuilles de laurier bordant les routes. J’observais l’empreinte de leurs nervures avant de, discrètement pour que ma mère ne me l’interdise, la laisser fondre sur ma langue.
Je me souviens de nos rires éclatants, quand nous nous laissions tomber dans la neige pour nous laisser rouler jusque tout en bas de la butte. Et encore, jusqu’à en être complètement saouls. Presque tous les ans à la même époque, des bonhommes dodus plus grands que nous, une carotte et 2 cailloux pour visage, poussaient un peu partout ; puis les perce-neige et les crocus, premiers signes de la fin de l’hiver.

Au printemps, quand la lumière de Mars [1] annonçait la venue de Cybèle [2] et d’Aphrodite [3], de nouveaux paysages commençaient à se dessiner. Mon grand-père m’apprenait alors à faire des trous dans la terre pour planter nos pensées, ça et là éparpillées. Ingénieur horticole formé au milieu du XXe siècle, il m’expliquait comment parler aux fleurs pour qu’elles poussent bien comme il faut, parce que même dans l’école des années 50 dont on revient aujourd’hui, on savait encore ces choses là.

L’été arrivait et je caressais les bourdons venus butiner toutes ces fleurs que nous avions plantées. Les abeilles étaient là aussi, travailleuses plus farouches ; je ne les approchais pas, les regarder me suffisait. Tout autour dansaient une multitude de papillons bigarrés, sur des tapis de coquelicots ou de boutons d’or.

Puis l’automne faisait rougir les premiers arbres et tout le paysage devenait feu, mais nul incendie parce que l’été avait été trop chaud. Quand le sol était recouvert et que plus une seule feuille ne se tenait dans les arbres endormis, alors je commençais à attendre la prochaine neige, et de voir l’hiver recommencer.

Insouciance. Contemplation. Émerveillement.
Parce qu’il est des choses comme la nature, la connaissance ou la culture, que nous nous devons de rendre essentielles pour les préserver à tout prix, ces vœux pour 2021. Et que la promesse de protéger ces dons puisse se faire acte.


Notes :
1– Mars est le dieu de la guerre chez les Romains, et dieu du printemps car c’est à la fin de l’hiver que commençaient les activités guerrières. Il eut une liaison remarquée avec Vénus, dont il eu trois enfants.
2– Cybèle (en grec ancien, Κυϐέλη / Kybélê signifiant « gardienne des savoirs ») est une divinité d’origine phrygienne, adoptée d’abord par les Grecs puis par les Romains, personnifiant la nature sauvage. Appelée « La grande déesse », elle détient la clé de la Terre. Le mois d’avril lui était consacré.
3– L’étymologie du nom avril est controversée. Certains avancent qu’il s’agit de la transcription d’un mot grec signifiant « écume », d’où Vénus, déesse romaine de l’amour, serait née. D’autres lient le mot à Ἀφρο / Aphro, apparenté à Ἀφροδίτη / Aphrodite, son équivalente grecque.

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