Loriot & Mélia

Entretien avec deux’artistes plasticiens

Réalisé en 2011 pour la revue ArtKopel

ArtKopel — Comment vous est venu ce goût pour l’immatérialité, pour les projections lumineuses ?

Loriot & Mélia — C’est un peu la transcription, la métaphore de l’imaginaire. L’image est un seuil. Quand on passe ce seuil on bascule dans un autre espace. C’est un moment incertain où tout peut se produire, où tout est possible et c’est ce moment qui nous passionne, qui nous intéresse. Nous notons souvent des impressions singulières. Ainsi l’histoire des deux bols qui bougent, activés par le souffle de deux ventilateurs, c’est tout à fait l’exemple d’un moment vécu. Nous étions dans une saladerie, à la table voisine des bols en plastiques contenant de la salade étaient activés par le vent. C’était très drôle parce qu’ils s’activaient en même temps que les bouches du couple d’à côté qui s’engueulait... Nous notons ces instants. Nous ne savons pas si cela va prendre forme, mais ce sont ces moments en suspension qu’on aime bien et que l’on essaiera de refixer à l’atelier.
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ArtKopel — Il me semble qu’il y a deux directions dans votre travail, celle de l’apparition pure et celle du rire. Qu’en est-il justement du rire ?

Loriot & Mélia — Si on réfléchit bien, on est dans l’artefact, dans le faire-comme-si, dans les faux-semblants. Tout comme le rire, dont Bergson nous apprend que c’est du mécanique plaqué sur du vivant, le simulacre est à mi-chemin entre la vie et l’art.
Par exemple, aussi tragique que soit un rêve, pourquoi nous fait-il rire lorsqu’au matin on le raconte ? Ne serait-ce pas notre situation de pantin manipulé qui déclenche le rire ? De toute façon, le rire surgit, on ne peut le télécommander, il arrive dans une zone intermédiaire. On ne sait pas très bien où l’on est...
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ArtKopel — Avec vos détournements d’objets et de fragments, vos assemblages mis en lumière, vous agissez comme des révélateurs de poèmes visuels présents tout autour de nous, là où on ne les voit pas... Vous invitez le spectateur à regarder autrement, à chercher derrière les apparences, avec une démarche d’éducation face à la boulimie d’images télévisuelles prémachées... Pouvez-vous évoquer cette part « critique » de votre démarche ?

Loriot & Mélia — J’ai passé quinze jours à enregistrer des émissions de télévision pour La Salle des batailles, et j’en suis ressortie presque fragilisée. Lorsqu’il nous arrive de regarder la télé nous faisons un choix et c’est alors supportable (quoique !) mais « subir » et « tenir » dans la durée face à ces émissions, récurrentes d’ailleurs, cela relève de l’épreuve sur tous les plans. C’est un harcèlement optique, démagogique et vulgaire, une lobotomie du cerveau par l’image. Pour nous, la vraie guerre est là. […]

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